Les vertus du dialogue d’après Platon.

socrate_professant-1

« ……. je pense, Gorgias, que tu as l’expérience de nombreuses discussions et que tu y as remarqué ceci : ce n’est pas sans mal que les interlocuteurs définissent les uns pour les autres les sujets sur lesquels ils engagent une discussion, et parviennent à quitter un entretien en ayant appris quelque chose et en s’étant instruits eux-mêmes; si, au contraire, ils sont en désaccord sur une chose et que l’un refuse d’admettre que l’autre ait raison ou se soit  exprimé clairement, alors ils se fâchent et soupçonnent l’autre de malveillance, plus enclins qu’ils sont à avoir le dessus qu’à examiner ce qui fait l’objet de la discussion.

Il y en a même qui finissent par se séparer de la façon la plus moche, en se faisant insulter, après y avoir dit et entendu sur leur propre compte de telles horreurs que même les gens présents à la discussion s’en veulent lent d’avoir jugé bon d’être les auditeurs de tels individus.
Pourquoi je te dis cela?
Parce que tu me parais dire à présent des choses qui ne sont plus tout à fait en accord et en harmonie avec ce que tu disais sur la rhétorique en commençant. J’hésite dans ces conditions à te réfuter, de peur que tu aies dans l’idée que je cherche à avoir le dessus dans la discussion, sans viser la question pour la rendre plus claire, mais en te visant toi.
Moi, en tout cas, si tu es de ces gens qui sont comme moi, c’est avec plaisir que je t’interrogerai; sinon, je devrais renoncer.
Quelle sorte d’homme je suis?
De ceux qui ont plaisir à être réfutés, si je dis quelque chose qui n’est pas vrai, mais qui ont plaisir à réfuter si un autre dit une chose qui n’est pas vraie, et qui n’ont pas moins de plaisir à être réfutés qu’à réfuter; je pense même qu’il vaut mieux être réfuté dans la mesure où il vaut mieux être délivré du plus grand des maux que d’en délivrer autrui. Je pense en effet qu’il n’y a rien de si mauvais pour un homme que d’avoir une opinion fausse sur les sujets dont nous nous trouvons parler en ce moment.
Si tu prétends toi aussi avoir cette tournure d’esprit, poursuivons la discussion; mais si tu crois qu’il faut l’abandonner, tenons-nous-en là et mettons fin à la discussion. »
Platon, Gorgias (vers 390 av. J.-C.), 457 c-458 b, trad. B. Piettre, Hatier, coll. «Les classiques de la philosophie», 2000, p. 28-30.
ou
« conseils pour le grand débat ».

Une réflexion au sujet de « Les vertus du dialogue d’après Platon. »

  1. Voici de quoi élever le grand débat actuel .
    Un vrai partage d’idées honnête, où chacun accepte que l’autre puisse avoir raison ce serait une grande réussite pour notre pays.
    L’intelligence d’un groupe est bien plus grande que la somme des intelligences individuelles grace aux interactions, s’il y a du respect.
    Notre monde est si complexe que la vérité n’appartient à personne.
    Mais bien sûr ce n’est pas facile d’accepter  » d’être réfuté  » .
    Bon débat !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.