colocation entre séniors à Chablis

À Chablis, une colocation entre séniors pour lutter contre l’isolement, une première dans l’Yonne. C’est le titre de l’Yonne Républicaine pour parler de Ma Coloc’Séniors dont nous reproduisons in-extenso l’article.

« L’association Vivre l’Yonne, soutenue par la MSA Bourgogne et le bailleur social Domanys, expérimente un concept de colocation entre séniors pour des personnes âgées autonomes. C’est une première dans le département pour lutter contre l’isolement des séniors. Il y aura d’autres implantations dans le département avec des configuration différentes adaptées aux opportunités locales.  L’appartement, situé à Chablis, pourra accueillir ses trois premiers colocataires dès l’automne.

Rassembler des personnes âgées sous un même toit afin de rompre leur isolement, tout en leur offrant des espaces privatifs pour préserver leur intimité. Baptisée « Ma coloc’séniors », l’idée a germé dans l’espritCapture des Dirigeants de l’association Vivre l’Yonne, qui se sont basés sur un simple constat. « On est parti du principe que les personnes âgées seules et isolées, ce n’est pas bon pour elles, détaille son Président. D’un côté, elles n’ont pas l’âge d’aller en maison de retraite, et de l’autre, elles sont en situation de solitude. Ce n’est pas bon, parce qu’elles n’ont pas le moral. Derrière cette perte de moral, il y a souvent des complications et des pathologies qui apparaissent, comme la dépression par exemple. »

Soutenu par la MSA Bourgogne et en partenariat avec le bailleur social Domanys, le projet est actuellement dans une phase expérimentale avec un logement non-mixte (ou peut-être mixte) pour trois personnes à Chablis, dans un appartement entièrement refait à neuf.photo 1 D’une superficie de 140 m², il est aménagé entre un espace commun déjà meublé regroupant la cuisine, le salon avec un coin télévision, une salle de bain et des WC, ainsi que trois chambres avec leurs toilettes et salles de bain privatives équipées de douches à l’italienne.

Une solution intermédiaire avant l’Ehpad

Une journée dédiée aux visites était organisée dernièrement, l’occasion pour les personnes intéressées de découvrir la configuration des lieux. Parmi elles, Monique est venue de Côte-d’Or. Elle acquiesce au discours de Jean-Louis Druette qui présente sa solution pour rompre avec la solitude des personnes âgées. « En vieillissant, on s’isole naturellement malheureusement, approuve la dame de 85 ans, qui tient à son indépendance. Je ne trouvais rien qui me convienne, car je refuse d’aller dans un Ehpad. Ici c’est rassurant, plaisant et accueillant. Tout en étant chacun chez soi, on peut se retrouver. »

L’Ehpad, c’est justement ce que veut éviter Jean-Louis Druette, en se proposant comme une solution intermédiaire. « Notre volonté est de lutter contre l’isolement, explique le bénévole de l’association. Tout ça est fait pour qu’ils vivent une vieillesse heureuse, pour retarder le plus possible la perte d’autonomie. On veut qu’ils se sentent libres et chez eux, contrairement aux Ehpad. »

« En Ehpad, je ne m’y sens pas bien car je ne suis pas chez moi. Ce n’est plus tenable, il est hors de question que je reste là-bas.« Claudine (Résidente dans un Ehpad)

Cette colocation s’accompagne de services proposés aux habitants, en mettant à disposition des aides pour la vie quotidienne, comme le ménage ou les courses, mais aussi en mettant en place des animations avec un professionnel employé à mi-temps. « Sur ce point, l’idée est de ne forcer personne à participer, promet Jean-Louis Druette. On leur offre un panel d’activités et ils choisissent. Encore une fois, on ne veut pas se transformer en Ehpad. »

Continuer à vivre dans un environnement sécurisé

Ça tombe bien, c’est précisément ce que cherche à fuir Claudine*, âgée de 75 ans. Résidente dans l’un de ces établissements dans le sud du département, elle désire plus que tout retrouver « sa liberté ». Photo 2En meilleure santé que les autres pensionnaires, elle se sent de plus en plus isolée et vit de plus en plus mal sa situation. « En Ehpad, je ne m’y sens pas bien car je ne suis pas chez moi, affirme-t-elle, également en manque de visite de la part de sa famille. Ce n’est plus tenable, il est hors de question que je reste là-bas. C’est impossible de discuter avec la plupart des autres personnes âgées. Elles passent leur temps à radoter ou à répéter dix fois la même chose. Certains hurlent même toute la journée, c’est insupportable. Je me sens vraiment seule au milieu des autres. »

Le concept est vraiment pas mal et séduit beaucoup. Cependant, il y a le problème de la cohabitation avec les autres. On ne sait pas sur qui on va tomber.

Pour les visiteurs de la future colocation, la principale inquiétude relève de l’incertitude quant à la bonne entente entre trois inconnus. À 77 ans, Nicole Robert est la responsable du secteur de Chablis de l’association Conjoints survivants, regroupant des veufs ou veuves. Elle a participé à la visite en compagnie de cinq adhérentes. « Le concept est vraiment pas mal et séduit beaucoup, rapporte-t-elle. Cependant, il y a le problème de la cohabitation avec les autres. On ne sait pas sur qui on va tomber. On s’adapte bien mieux à vingt ans parce qu’en vieillissant, on acquiert de petites habitudes dont on se sépare difficilement. »

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Les représentants de la MSA de Bourgogne, de Domanys, du Conseil Départemental, de la ville de Chablis et de la Communauté de Communes aux cotés de la Vice Présidente et du Président de Vivre l’Yonne lors de la journée de présentation de l’appartement partagé.

Après cette première phase expérimentale, le projet de colocation entre séniors est voué à être développé, avec des configurations adaptées aux opportunités locatives rencontrées, dans l’ensemble du département pour le président Jean-Louis Druette, qui recense 10.500 séniors isolés. « La MSA Bourgogne a souhaité nous soutenir et faire du concept un axe de développement prioritaire sur le territoire, indique-t-il. Il est bien évident que l’objectif que nous avons est de développé le concept. Plusieurs maires sont d’ores et déjà intéressés. Dans le futur, ce sera probablement des structures qui permettront d’avoir sept ou huit personnes, et peut-être des couples.« 

(*) À sa demande, le prénom a été modifié.

Delphine Toujas
delphine.toujas@centrefrance.com

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