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Quelle France voulons-nous être capables de financer demain ? Les six chantiers pour reprendre la main
Il n’existe pas de solution miracle : aucune réponse sérieuse ne peut reposer sur une seule mesure. croissance, efficacité de l’État, investissements ciblés, justice entre les générations… Dernier volet de notre série : les pistes concrètes pour que la dette redevienne un outil au service de l’avenir, au lieu d’un poids qui contraint nos choix.
(Après avoir compris ce qu’est la dette — volet 1 — et mesuré ses conséquences sur notre économie et notre liberté de décision — volet 2 —, il nous reste à répondre à la question qui fâche : alors, quelles solutions ?)
► Première priorité : retrouver une croissance durable
La meilleure dette est celle dont le poids diminue par rapport à une économie qui progresse.
Il faut donc favoriser : l’investissement, la réindustrialisation, la recherche, l’innovation, la formation, la productivité, l’emploi, la transition énergétique et la compétitivité des entreprises françaises.
Une économie qui produit davantage crée davantage de revenus et donc davantage de recettes publiques.
► Deuxième priorité : distinguer les dépenses qui préparent l’avenir de celles qui le consomment
Toutes les dépenses publiques ne se valent pas. Il serait dangereux de considérer qu’une dépense publique est automatiquement mauvaise.
Une dépense consacrée à l’éducation, à la prévention sanitaire, à la recherche ou aux infrastructures peut produire des bénéfices pendant plusieurs décennies.
À l’inverse, certaines dépenses peuvent être nécessaires mais ne créer aucun actif ou aucune capacité productive nouvelle.
Il serait donc utile de raisonner davantage en termes de retour économique et social de la dépense publique. La question devrait être : cette dépense publique améliore-t-elle la situation de la France dans cinq, dix ou vingt ans ? Nos dirigeants ne savent plus décider à long terme.
► Troisième priorité : maîtriser la progression des dépenses publiques
Il ne s’agit pas nécessairement de « supprimer le modèle social français ». Il s’agit plutôt de se demander comment le rendre durable.
Santé, retraites, dépendance, éducation, logement, solidarité : ces politiques sont au cœur du pacte social français. Mais leur financement doit être compatible avec les ressources du pays.
Cela suppose notamment de lutter contre : les doublons administratifs, les dispositifs inefficaces, les dépenses sans évaluation, certaines complexités bureaucratiques, les fraudes lorsqu’elles sont avérées, et les politiques publiques dont le coût n’est pas proportionné aux résultats obtenus.
Faire des économies ne signifie pas nécessairement faire moins. Cela peut aussi signifier : faire mieux avec les mêmes ressources. Cela suppose du courage et savoir supporter l’impopularité.
► Quatrième priorité : élargir la base productive et fiscale
La France dispose d’un taux de prélèvements obligatoires élevé. La réponse au problème de la dette ne peut donc pas raisonnablement consister uniquement à augmenter indéfiniment les impôts.
Une autre voie consiste à élargir la richesse produite et le nombre de personnes participant à la création de cette richesse.
Davantage d’emploi signifie davantage de revenus, davantage de cotisations, davantage d’impôts sur le revenu et davantage de consommation.
La politique de la dette est donc aussi une politique de l’emploi.
► Cinquième priorité : protéger les investissements d’avenir
Une erreur serait de réduire brutalement les investissements publics pour atteindre rapidement un objectif comptable. Une telle politique pourrait diminuer les dépenses aujourd’hui tout en affaiblissant la croissance de demain.
La France doit donc distinguer : les économies qui améliorent l’efficacité de l’État et les économies qui affaiblissent les capacités futures du pays. Cette distinction est essentielle.
► Sixième priorité : accepter une règle simple
Une règle pourrait guider l’action publique : les dépenses courantes doivent être financées autant que possible par les recettes courantes.
L’emprunt devrait être prioritairement réservé aux situations exceptionnelles et aux investissements dont l’utilité future est démontrée.
Cela ne signifie pas qu’il faille interdire toute dette. Cela signifie qu’il faut éviter de faire financer indéfiniment notre fonctionnement quotidien par les générations futures.
Et les générations futures ?
C’est finalement la question politique essentielle.
La dette publique n’est pas seulement une affaire de comptables. Elle pose une question de solidarité entre générations.
Emprunter pour construire une infrastructure dont bénéficieront nos enfants peut être parfaitement légitime.
Emprunter continuellement pour financer notre consommation courante en laissant la facture aux générations suivantes pose une question différe
nte.
Quelle France voulons-nous transmettre à nos enfants ?Une France disposant encore de moyens pour investir, protéger et décider ? Ou une France dont une part croissante des ressources sera consacrée au financement des décisions prises hier ?
La dette n’est ni bonne ni mauvaise en elle-même
Il faut finalement se méfier des deux discours extrêmes.
Dire que « toute dette est mauvaise » est faux.
Dire que « la dette n’est pas un problème puisque l’État peut toujours emprunter » est tout aussi dangereux.
La dette est un outil. Comme tout outil, son utilité dépend de l’usage que l’on en fait.
Une dette raisonnable peut accompagner une crise, financer un investissement et préparer l’avenir.
Une dette qui augmente durablement plus vite que les capacités du pays à la financer finit en revanche par réduire les marges de manœuvre de l’État.
Conclusion : la vraie question
La France ne se trouve pas face à une obligation de rembourser demain matin plusieurs milliers de milliards d’euros.
Elle se trouve face à une obligation beaucoup plus importante : rétablir progressivement une trajectoire financière crédible.
Il ne s’agit pas de paniquer. Il ne s’agit pas non plus de nier le problème. Il s’agit de regarder la réalité en face.
La France doit continuer à financer son modèle social, investir, préparer la transition écologique, soutenir l’éducation, la santé, la recherche et la sécurité. Mais elle doit simultanément retrouver la capacité de financer ces ambitions.
Cela suppose probablement un compromis national : plus de croissance, plus d’efficacité publique, des investissements mieux ciblés, une maîtrise progressive des dépenses et une attention particulière à la justice entre les générations.
La dette n’est donc pas seulement le problème du gouvernement actuel. Elle est le résultat de décennies de décisions successives. Et sa résolution prendra elle aussi plusieurs années.
La question n’est finalement pas : « qui va payer la dette ? »
La vraie question est : quelle France voulons-nous être capables de financer demain ?
C’est un débat qui mérite mieux que les slogans de nos politiques et de certains commentateurs engagés. Il mérite des faits, de la pédagogie et un véritable débat citoyen.
Vivre l’Yonne souhaite y contribuer en s’interrogeant sur ce qu’est la dette de la France.