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L’archipel du chien

L’archipel du chien de Philippe Claudel

Que ce soit en littérature ou au cinéma, Philippe Claudel est, on peut le dire, un coutumier des prix et statuettes : Prix Goncourt et Renaudot, César du meilleur premier film, British Academy Film Award et autres nombreuses nominations; quand on aime, on ne compte pas!…et on aime, et 1AB971CD-6A4B-43F3-AC13-40CA4347764Eplus précisément j’ai beaucoup aimé cet « Archipel du Chien » que je vous propose.

Ça commence à la manière d’une parabole; banal me direz-vous, sauf que dès le début, cet archipel noir et volcanique n’a rien d’une île paradisiaque et le chien ne ressemble pas vraiment au toutou à sa mémère ! 

Pourtant, vous ou moi, ou vous et moi aurions-nous  pu voir le jour au pied du Brau (le volcan) et serions-nous allés à l’école de celle qu’on appelle maintenant La Vieille, parce qu’elle a du récemment abandonner à regret ses chers petits élèves aux mains de ce jeune instituteur.

Il ne se passe jamais grand-chose ici. La vie s’écoule sûrement entre mer et volcan, entre port et mairie. 

La petite communauté insulaire ressemble aux autres petites communautés insulaires…ou pas: le maire, le docteur, le curé, l’instituteur et les autres…

Alors, quand brusquement la mer vous rejette trois cadavres sur la plage, évidemment ça fait désordre et la tranquille indifférence au monde de cette petite société nombriliste perd l’équilibre.

Vivre paisiblement, mollement, le plus loin possible des bruits du reste des autres et des drames qui déchirent le genre humain; s’abriter des convulsions individuelles ou collectives et surtout bien fermer les yeux et les oreilles, comme ces singes qu’on disait sages et qui sont en voie de disparition…

Avec son Archipel du Chien, Philippe Claudel nous offre un roman dont l’écriture fluide sera aisée à lire pour tous; avec une sorte de polar philosophique qui vous tiendra en haleine jusqu’à la dernière ligne, l’écrivain nous tend un miroir édifiant qui pourrait bien être profitable à notre propre condition.

Marina Buffet

Le Crépuscule et l’aube

Le Crépuscule et l’aube

Nous sommes en 997, Ken Follet nous entraine dans l’histoire violente de Cherbourg et de l’Angleterre comme il sait si bien le faire, à travers les aventures d’Edgar l’anglais de Combes, Ragna de Cherbourg, Aldred le moine, WilwuCapturelf et sa famille noble assoiffée de pouvoir…

Cette épopée passionnante précède « les piliers de la terre » et se lit d’une traite !

Les destins se croisent, s’opposent violemment au fil des années.

Le roi anglais Ethelred a bien du mal à asseoir son autorité sur les nobles qui n’en font qu’à leur tête et refusent de se soumettre à ses décisions. Les razzias des Vikings affaiblissent son pays… Le comte de Cherbourg pourrait-il être son allié ?

Aldred, le moine copiste, poursuit son idéal et rêve de faire rayonner son abbaye sur la chrétienté mais il se heurte à des prêtres dépravés.

Avec Edgar, le constructeur de navires, Ragna de Cherbourg, femme forte intelligente et séduisante, son époux Wilwulf , les paysans, les artisans, nous découvrons la vie, les coutumes de cette époque dure, cruelle ( il y a encore des esclaves en Angleterre et leurs propriétaires ont tous les droits sur eux) mais pleine d’espoir car peu à peu la société s’organise c’est l’aube … … Le village se nomme alors Kingsbridge…

Lancez-vous dans l’aventure !

Les vestiges du jour

J’ai eu envie de vous parler d’un magnifique roman que j’ai lu récemment grâce à une amie qui en avait gardé un souvenir émouvant…En effet, ce livre m’a à la fois émue, révoltée et bouleversée… à vous de voir…et bonne lecture!

Michèle Ronney

LES VESTIGES DU JOUR de Kazuo Ishiguro

 Le  5 octobre 2017, le prix Nobel de littérature était décerné à l’écrivain britannique d’origine japonaise Kazuo Ishiguro.    Kazuo Ishiguro, né à Nagasaki le 8 novembre 1954,« a révélé, dans des romans d’une grande force émotionnelle, l’abîme sous l’illusion que nous avons de notre relation au monde », déclarait à  cette occasion la secrétaire perpétuelle de l’Académie suédoise, Sara Danius.

Écrit en 1989, « The Remains of the Day » récompensé par le Booker prize de la même année et traduit de l’anglais en français par Sophie Mayoux, a été porté à l’écran par le réalisateur américain James Ivory; cette talentueuse production est magnifiquement servie par une brillante distribution  avec, notamment Anthony Hopkins et Emma Thompson, mais malgré la réussite de ce film, je conseillerais de découvrir le roman avant de voir éventuellement son adaptation…l’imaginaire de chacun d’entre nous est si riche qu’il ne faut jamais s’en priver!

Le Roman: 

Dès les premières pages du roman, on est frappé par l’extraordinaire écriture de Ishiguro : un alignement de mots d’une précision méthodique, l’art du détail et de la finesse sans doute poussés à l’extrême, tout comme chacun des gestes et chacune des certitudes de ce maître d’hôtel qui se confondrait  avec le roi d’une aristocratie anglaise tombée à la fois en ruine et dans une désuétude pathétique. 

Pendant que l’Histoire, la « grande » fait semblant de se jouer dans les salons encaustiqués d’un château en déroute, et que résonnent les premi2B61008C-BEC2-4823-A849-57DD204ED033ères salves nazies, Stevens,(le Maître  d’Hôtel) personnage magnifique et narrateur de sa propre histoire, cherche presque obsessionnellement la « dignité »en construisant jour après jour l’image tragique d’une vie gâchée. 

C’est avec une espèce d’insolente dominance qu’il se plie et surenchérit les protocoles et étiquettes des allégeances dues à la haute société anglaise. Aucun questionnement, aucune réflexion ne viendra fissurer cette vie entièrement vouée à l’obéissance à tout prix. Son aveuglement symbolise non seulement celui d’une époque, mais sans doute également notre propre inconscience, nous qui acceptons, sans insoumission probante, notre servitude sociale. 

Car quelle différence entre le respect de Stevens envers les règles imposées par sa condition – qui ne sera jamais remise en question – et notre soumission actuelle au Capital et à la soi-disante doxa des « lois du marché » ?

Mais au delà de cet aspect politique puissant de l’œuvre, c’est également la bouleversante histoire d’un amour bâillonné, rejeté, terrassé, qui restera longtemps dans l’esprit du lecteur : un amour que la mémoire faussement défaillante de Stevens réduit à quelques événements anodin, s’étalant sur plus de 30 ans, et qui laisse à la fin, un amer goût de cendres.