La justice coupable, mais la société ne l’est-elle pas ?
En 2025, en France, toutes les 3 minutes, un enfant est victime de viol ou d’agression sexuelle. 114 500 mineurs ont subi des violences physiques, souvent dans leur propre famille. 13 femmes ont été tuées par leur conjoint en un seul mois, en octobre 2025. Et pourtant, quand un drame survient — comme le meurtre de cette malheureuse petite Lyhanna, 11 ans qui a ému et indigné le pays — c’est la justice dans son ensemble que l’on lynche.
Regretter cela n’est pas exonérer du tout tel ou tel magistrat, tel ou tel service de police, de sa lourde responsabilité pour des manquements.

Il est vrai, en l’espèce, que si l’auteur présumé est vraiment l’auteur du meurtre, il ne l’aurait pas commis s’il avait fait l’objet d’une procédure pénale pour le viol d’une fillette pour lequel une plainte avait été déposée par sa mère.
Mais jeter l’opprobre sur la justice dans son ensemble c’est trop facile. Comme si les juges commettaient les crimes. Comme si les procureurs étaient les auteurs des violences. Comme si, en conspuant la justice, nous effacions magiquement la réalité : ces violences, ce sont des hommes et des femmes de notre société qui les commettent. Pas des magistrats. Pas des institutions. Nous.
La réalité, c’est que la justice est un miroir. Et aujourd’hui, ce miroir nous renvoie une image insupportable.
La justice coupable, surtout un bouc émissaire commode
On peut critiquer la justice. Elle n’est pas parfaite. Pendant 4 ans, j’ai siégé comme assesseur au tribunal pour enfants de l’Yonne. Avant chaque audience, j’étudiais avec précision l’ensemble des dossiers mis à ma disposition par le parquet. J’ai eu ainsi l’occasion de constater de visu la charge de travail écrasante qui pèse sur les magistrats, du siège comme du parquet.
Bien sûr nous avons tous été témoins, dans l’Yonne, de dysfonctionnements, comme dans l’affaire des « disparues de l’Yonne » ou le suicide d’un gendarme….
Mais accuser la justice dans son ensemble, c’est ignorer que ces femmes et ces hommes font souvent de leur mieux dans un système à bout de souffle. Et surtout, c’est oublier que ce ne sont pas eux qui commettent les violences — ce sont des membres de notre société.
La justice, elle est lente, parfois incompréhensible, souvent sous-financée. Seulement 49 % des Français lui font confiance, et 66 % estiment qu’elle ne punit pas assez les auteurs de violences.
Les dysfonctionnements existent : des dossiers mal suivis, des retards dans le traitement des plaintes, des moyens humains insuffisants. Mais quand des magistrats reçoivent des menaces de mort pour avoir osé faire leur travail, quand une procureure est insultée, harcelée sur les réseaux sociaux pour avoir peut-être faillie, il est temps de se demander : est-ce vraiment la justice le problème ?
En 2025, une quinzaine de magistrats sont sous protection policière en raison de menaces grandissantes, notamment sur les réseaux sociaux. 622 agents du ministère de la Justice (dont 49 magistrats) ont été agressés ou menacés. Ces attaques ne visent pas seulement des individus. Elles visent l’État de droit lui-même.
Alors oui, la justice a des comptes à rendre. Mais elle n’est pas la seule. Et si le vrai problème, c’était nous ?
La justice coupable mais la société aussi
La violence, symptôme d’une société malade : des chiffres qui devraient nous glacer le sang
- 103 700 mineurs victimes de violences physiques en 2024, dont 55 % dans un cadre intrafamilial
- 71 100 mineurs victimes de violences sexuelles en 2024, 76 200 en 2025, soit +8% Plus de la moitié des violences contre les enfants ont lieu dans la sphère familiale..
- 614 enfants de 0 à 2 ans agressés sexuellement en 2024.
- 1 femme tuée tous les deux jours par son conjoint ou ex-conjoint.
Ces chiffres ne sont pas des statistiques froides. Ce sont des vies brisées. Des enfances volées. Des familles détruites. Et pourtant, seulement 7 % des femmes victimes de violences sexuelles portent plainte. Un tiers des femmes victimes de harcèlement sexuel n’en parlent à personne.
La responsabilité collective : et si on regardait du côté de nos propres échecs ?
La justice ne peut pas tout. Elle ne peut pas réparer ce que la société refuse de voir.
- L’éducation : Combien d’enfants grandissent dans des foyers où la violence est banalisée ? Combien apprennent, dès leur plus jeune âge, que la force prime sur le dialogue ?
- Le silence : Combien de voisins, de proches, de professionnels (enseignants, médecins, fonctionnaires et travailleurs sociaux de la petite enfance ….), d’institutions, de collectivités ferment les yeux.
- Les réseaux sociaux : Combien de menaces, d’insultes, de discours de haine circulent impunément, déshumanisant les victimes et les magistrats ?
- Les moyens : quand les Français voient les millions d’Euros engloutis dans les procès de Sarkozy, ils comprennent mal que la justice souffre d’un manque de moyens. Et pourtant la France compte 3,2 procureurs pour 100 000 habitants, contre 11,2 en moyenne dans l’UE. Comment voulez-vous que la justice fasse face à l’afflux de dossiers avec si peu de moyens ?
Exemple concret : Dans l’affaire qui a secoué le pays ces dernières semaines, on a appris que le suspect avait déjà été signalé. Pourquoi n’a-t-on pas agi plus tôt ? Parce que les signalements n’ont pas été suivis ? Parce que les moyens manquaient ? Parce que la parole de l’enfant n’a pas été entendue ? La réponse est dans ces trois questions. Et la responsabilité aussi.
Autre exemple : Les associations comme La Voix de l’Enfant ou le 119 (numéro d’urgence pour l’enfance en danger) sonnent l’alerte depuis des années. Elles réclament plus de moyens, plus de formation, plus de prévention. Qui les écoute ?
Que faire ? Agir, chacun à son niveau
La colère est légitime. L’indignation aussi. Mais elle doit être un moteur, pas un leurre. Arrêtons de chercher des boucs émissaires.
A l’État : Réformer la justice, oui, mais pas seulement
- Dépolitiser les nominations : Pour restaurer la confiance, il faut garantir l’indépendance totale des magistrats.
- Donner plus de moyens : 3,2 procureurs pour 100 000 habitants, c’est insuffisant. Il faut recruter, former, équiper.
- Accélérer les procédures : Une justice lente est une justice qui perd sa légitimité.
A la société : Agir en amont, la prévention, une urgence absolue
- Éduquer dès l’école : À la non-violence, au respect, à l’égalité. Un enfant qui comprend que la violence n’est jamais une solution grandira en adulte responsable.
- Former les professionnels : Enseignants, médecins, travailleurs sociaux, … Tous doivent savoir repérer les signes de maltraitance et oser signaler.
- Briser le silence : Comme le dit si bien l’article de Vivre l’Yonne : « Brisons le silence, sauvez les enfants. » Chacun de nous peut être un maillon de la protection.
- Responsabiliser les réseaux sociaux : Les plateformes doivent agir plus vite contre les discours de haine et les menaces.
A Nous : chacun peut faire la différence
- Signaler : Si vous êtes témoin de violences ou de comportements suspects, ne détournez pas les yeux. Appelez le 119 (enfance en danger) ou le 3919 (violences conjugales).
- Écouter : Une victime qui parle a besoin d’être crue, soutenue, orientée.
- S’engager : Rejoignez une association, participez à des campagnes de sensibilisation.
Conclusion : Un appel à la responsabilité de chacun
272 400 victimes de violences conjugales en 2024. 76 200 mineurs agressés sexuellement en 2025. Une justice conspuée, des magistrats menacés.
Ces chiffres ne sont pas une fatalité. Ils sont le résultat de nos silences, de nos indifférences, de nos renoncements.
La justice a besoin de réformes, oui. Mais surtout, nous avons besoin de nous réveiller.
Nota : les statistiques citées dans cet article ont été recherchée au moyen de l’IA. L’indignation par contre est bien celle de l’auteur.